La France produit 23 % d'énergie verte — et ce n'est que le début

Énergie verte en France : l’état des lieux et les ambitions pour 2030

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On vous a menti sur la lenteur de la transition énergétique

La transition énergétique, c’est trop lent. Trop cher. Trop compliqué. C’est du moins ce qu’on entend dans les dîners de famille, dans les éditos sceptiques, dans les discours de ceux qui préfèrent le confort du statu quo. Sauf que.

La réalité des chiffres raconte une toute autre histoire. Et elle est franchement surprenante — même pour ceux qui suivent le sujet de près.

Un quart de notre énergie est déjà verte. Vous le saviez ?

En 2024, selon le rapport Chiffres clés des énergies renouvelables publié par le ministère de la Transition écologique, les sources renouvelables représentaient 23 % de la consommation finale brute d’énergie en France. Contre 22,4 % l’année précédente. Ça paraît modeste comme progression ? Regardez le chemin parcouru : en vingt ans, la production d’énergie renouvelable a plus que doublé dans l’Hexagone.

Ce que peu de gens savent, c’est que derrière ces pourcentages se cache une véritable recomposition industrielle. Le bois-énergie et l’hydraulique restaient jusqu’ici les piliers du système. Mais aujourd’hui, ce sont l’éolien, le solaire photovoltaïque et les pompes à chaleur qui tirent la croissance. Des technologies qui n’existaient quasiment pas dans nos paysages il y a quinze ans. Un habitant de la Beauce qui regardait ses champs en 2005 ne voyait pas une seule éolienne à l’horizon. Aujourd’hui, il en compte des dizaines.

Le solaire, la star inattendue de 2025

Fin 2025, le parc solaire photovoltaïque français atteignait 31,3 gigawatts de puissance installée. En une seule année, 6,1 GW supplémentaires ont été raccordés — soit une hausse de production électrique solaire de 46 % en un an. Pour mettre ça en perspective : c’est comme si on avait allumé plusieurs réacteurs nucléaires en moins de douze mois, mais sans combustible, sans déchets, et avec du soleil.

L’éolien, lui, dépasse désormais 26 GW de capacité installée sur le territoire. L’offshore commence enfin à livrer ce qu’il promettait depuis des années — le premier parc commercial français, Saint-Nazaire, tourne depuis 2022 et alimente environ 700 000 personnes. C’était un chantier titanesque. Aujourd’hui, c’est de l’électricité dans les prises.

Pourquoi ça change vraiment quelque chose pour le climat

Voilà où ça devient intéressant. On parle souvent des renouvelables comme d’une option écolo parmi d’autres. Mais les Nations Unies sont catégoriques : plus de 75 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent de la production d’énergie, c’est-à-dire de la combustion de charbon, de pétrole et de gaz. Pas des voitures. Pas de l’agriculture. De l’énergie.

Traduction : si on ne décarbone pas notre façon de produire de l’électricité et de la chaleur, toutes les autres actions climatiques ne servent qu’à gratter la surface du problème. Trier ses déchets, rouler en vélo, manger moins de viande — tout ça est utile, rien de tout ça ne suffit si les centrales continuent de brûler du gaz. Les renouvelables ne sont pas un élément de la solution. Elles sont la solution centrale.

Un parc solaire ne pollue pas. Et ce n’est pas anodin.

Un panneau photovoltaïque génère de l’électricité sans rejeter une seule particule polluante durant son fonctionnement. Comme le rappelle France Renouvelables, si chaque entreprise industrielle installait ses propres panneaux, la réduction collective des émissions serait phénoménale. Ce n’est pas de l’idéalisme — c’est de l’arithmétique. Certaines usines agroalimentaires du Sud-Ouest l’ont compris : elles couvrent déjà 30 à 40 % de leur consommation électrique avec leurs propres toitures solaires.

Nuance tout de même : la fabrication des panneaux reste énergivore et dépend encore largement de chaînes d’approvisionnement asiatiques. Ce n’est pas une raison d’arrêter — c’est une raison de produire mieux et plus près. L’industrie européenne commence à s’y mettre, lentement mais sérieusement.

118 000 emplois. 20 milliards d’euros. La révolution est aussi économique.

Le secteur des énergies renouvelables mobilise aujourd’hui plus de 118 000 emplois à temps plein en France et génère plus de 20 milliards d’euros d’investissements par an. Ces chiffres rendent un peu creux les discours sur le coût prohibitif de la transition.

Ces emplois ne sont pas à Paris. Ils sont dans les territoires ruraux, près des parcs éoliens du Nord, des fermes solaires du Sud, des chaufferies à biomasse du Massif Central. À Fougères, à Béziers, à Roanne. Des techniciens de maintenance éolienne qui gagnent correctement leur vie sans avoir quitté leur département natal. La transition énergétique est aussi un outil de rééquilibrage territorial — et c’est un angle que les grands médias oublient trop souvent.

La transition juste : le mot d’ordre qu’on n’entend pas assez

Entre nous, le vrai défi n’est pas technique. Les technologies existent. Elles fonctionnent. Leur coût baisse chaque année. Le vrai enjeu, c’est de faire en sorte que cette transformation profite à tous — y compris aux travailleurs des secteurs fossiles qui ne peuvent pas se recycler du jour au lendemain, aux ménages modestes qui peinent à financer la rénovation énergétique, aux pays du Sud qui ont besoin d’accéder à une énergie propre et abordable sans répéter nos erreurs.

C’est ce que le PNUD appelle la transition juste : un changement qui place l’équité et l’inclusion au cœur des décisions, pas en option. Sans ça, la transition sera techniquement réussie et socialement catastrophique. On a déjà vu ce film avec la désindustrialisation des années 1980. Personne ne voulait le revoir.

33 % d’ici 2030 : ambitieux, mais pas impossible

La France a fixé un objectif : atteindre 33 % d’énergies renouvelables dans sa consommation finale d’ici 2030. On est à 23 % aujourd’hui. Sept points en six ans, ça demande d’accélérer — simplifier des procédures administratives qui durent parfois dix ans pour un parc éolien, renforcer les réseaux électriques qui saturent dans certaines régions, accélérer les raccordements qui bloquent des projets prêts à tourner.

Ce ne sont pas des obstacles insurmontables. Ce sont des problèmes de volonté politique et de coordination administrative. Des problèmes qu’on sait résoudre quand on décide vraiment de s’en occuper.

Alors la prochaine fois que quelqu’un vous dit que la transition énergétique, c’est un vœu pieux réservé aux idéalistes, montrez-lui le parc de Saint-Nazaire. Montrez-lui les toits d’usine couverts de panneaux en Occitanie. Montrez-lui les 46 % de croissance solaire en un an. La question n’est plus de savoir si c’est possible. C’est de savoir si on va assez vite — et qui on laisse au bord de la route si on ne fait pas attention.