On vous a menti sur l'alimentation durable — 5 réalités qui dérangent

Alimentation durable : les pratiques pour réduire son impact au quotidien

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Il y a quelques semaines, j’ai passé dix minutes devant le rayon yaourts d’un supermarché à comparer deux produits. L’un bio, livré depuis la Bretagne via une plateforme logistique en région parisienne. L’autre conventionnel, produit à 40 kilomètres de chez moi. J’ai pris le bio. Je ne suis pas certain d’avoir bien fait.

C’est là que ça coince, avec l’alimentation durable. On nous a donné des raccourcis à la place d’une vraie réflexion : le label, le packaging kraft, le mot « local » imprimé en police manuscrite sur une bouteille de jus vendue à 4,90 €. Ce n’est pas un reproche aux gens qui font des efforts de bonne foi. C’est un reproche au récit qu’on leur a vendu.

Ce que votre assiette fait au climat

La mobilité douce, les voitures électriques, les vols en avion qu’on comptabilise avec culpabilité : on a beaucoup parlé de tout ça ces dernières années. L’alimentation, beaucoup moins. Pourtant ce qu’on mange représente environ 24 % de l’empreinte carbone d’un Français moyen, selon les données d’Oxfam France. Et l’INSEE, dans une étude de 2024, chiffre la part de l’agriculture à environ 25 % des émissions nationales.

Pour donner une idée concrète : passer d’un régime carné à un régime majoritairement végétarien réduit son empreinte alimentaire de moitié en moyenne. Ce n’est pas rien. Et pourtant cette information circule peu, comparée au nombre d’articles consacrés aux pailles en plastique.

Je ne dis pas que les pailles n’ont pas d’importance. Je dis qu’on a mis le projecteur ailleurs.

Les 6 % qui expliquent beaucoup de choses

Un chiffre m’a arrêté net quand je l’ai lu : les agriculteurs ne perçoivent en moyenne que 6 % de la valeur finale de leur production, une fois les coûts déduits. Six. Les marges se reconstituent ailleurs dans la chaîne, côté distribution et transformation industrielle.

Je ne suis pas économiste et je me méfie de l’indignation facile. Mais quand même. Les gens qui absorbent les aléas climatiques, qui travaillent par tous les temps, qui portent le risque de récoltes ratées, touchent 6 % de ce que vous payez en caisse. Par ailleurs, 1 % des exploitations agricoles mondiales contrôlent plus de 70 % des terres. Ce sont des faits, pas des opinions.

Ce qui me frappe, c’est qu’on ne présente presque jamais ces deux chiffres ensemble. On parle d’alimentation durable comme d’un problème de comportement individuel, alors que la structure de la chaîne joue un rôle bien plus lourd que le choix entre le bœuf et le tofu dans votre assiette. La crise des éleveurs bretons en 2023, quand des centaines d’entre eux déversaient du lisier devant les préfectures, racontait exactement ça : une filière étranglée par des intermédiaires, pas des agriculteurs qui refusaient de faire des efforts.

Les 58 kilos qu’on préfère ne pas voir

Chaque Français jette en moyenne 58 kilogrammes de nourriture par an. L’Ademe a mesuré ça en 2022. Parmi ces 58 kilos, 24 sont encore consommables au moment où ils finissent à la poubelle. En argent, c’est environ 100 euros par personne, davantage si on mange régulièrement de la viande ou du poisson.

Ce n’est pas une statistique abstraite. C’est concrètement la barquette de poulet oubliée trois jours au fond du frigo. Le sachet de salade acheté pour une recette qu’on n’a finalement pas faite. Les restes de pâtes qu’on n’a pas eu le courage de réchauffer.

(Je ne suis pas exemplaire là-dessus. Mon frigo ressemble parfois à un cimetière d’intentions culinaires.)

Le mythe du « manger durable, c’est cher »

Oui et non. Ça dépend surtout de quoi on parle.

Un poulet Label Rouge chez un producteur local coûte plus cher à l’achat qu’un poulet bas de gamme sous cellophane. Sauf que si ce poulet sert à faire un repas complet le soir, un bouillon le lendemain et des rillettes avec les restes, le coût ramené au repas devient souvent comparable, voire inférieur. Acheter moins mais mieux, cuisiner à partir d’ingrédients bruts plutôt que de produits ultra-transformés à la composition douteuse : aucune de ces choses ne nécessite un budget exceptionnel.

Ce qu’elles nécessitent, c’est du temps et des habitudes. Ce qui est une autre question, plus compliquée.

Je ne veux pas tomber dans le discours inverse non plus. Pour certains ménages, le poulet en barquette à 5 euros, c’est ce qui entre dans le budget du mois. C’est une réalité que le débat sur l’alimentation durable escamote trop souvent, au profit d’un public qui a déjà les moyens d’arbitrer.

Ce que la chaîne alimentaire fait aux gens qui y travaillent

L’alimentation durable est présentée presque exclusivement comme une cause écologique. Elle l’est. Mais c’est aussi une histoire de qui produit, dans quelles conditions et pour qui.

Moins de 13 % des femmes dans le monde possèdent leur propre terre agricole. En France, elles représentent 24 % des responsables d’exploitations. Les ouvriers saisonniers sans couverture sociale, les éleveuses en fin d’exploitation qui ne trouvent pas de repreneur, les salariés des abattoirs industriels : tout ça fait partie du tableau, même si ça dérange davantage que de parler d’emballages recyclables.

Choisir des circuits courts ou des coopératives locales quand c’est possible, ce n’est pas de l’idéologie. C’est simplement décider à qui on donne son argent. Et ça a du sens, même imparfaitement.

Parce que tout ça est imparfait. Les labels aussi. Les circuits courts aussi (qui ont leur propre empreinte carbone, leur propre opacité parfois). Je ne sais pas trop quoi penser de certaines certitudes qu’on entend sur le sujet. Ce que je sais, c’est que se laisser rassurer par les bons slogans, c’est probablement la pire façon de commencer.

Ce qu’il faut retenir : L’alimentation représente environ un quart de notre empreinte carbone, mais le débat public s’attarde sur des détails symboliques plutôt que sur les vrais leviers. La structure de la chaîne alimentaire, où les agriculteurs ne touchent que 6 % de la valeur de leur production, pèse bien plus lourd que nos choix individuels. Réduire le gaspillage et comprendre qui on rémunère réellement en achetant : c’est souvent par là que ça commence.